Izm (Omar Khaliq) : une mémoire blessée dans l’histoire du militantisme amazigh


Izm (Omar Khaliq) : une mémoire blessée dans l’histoire du militantisme amazigh

Par : Mohamed Housti


Résumé

L’assassinat de l’étudiant et militant amazigh Omar Khaliq, surnommé Izm, constitue un point de bascule dans l’histoire contemporaine du militantisme culturel au Maroc. Cette étude s'efforce d'analyser cet événement sous l’angle politique, idéologique et institutionnel, en soulignant la défaillance de l’État et l’atonie de la société civile dans la protection des militants amazighs.

1. Introduction : une figure sacrifiée de la jeunesse militante

Le parcours d’Omar Khaliq ne relève pas de l’anecdote personnelle. Il représente une figure emblématique de cette jeunesse issue du Maroc périphérique, profondément marquée par les logiques de marginalisation sociale, économique et linguistique. Originaire de Tinghir, Izm incarne le profil de l’étudiant "militant-lecteur" : engagé dans les luttes identitaires, et passionné de savoir.

> *« Je le voyais chaque jour à la bibliothèque de la Faculté des Lettres de Marrakech, plongé dans les livres… »*.

2. Une élimination politique dans l’espace universitaire

L’université marocaine, censée être un lieu de libre pensée et de dialogue, devient parfois le théâtre d’affrontements idéologiques violents. Le 27 janvier 2016, Omar Khaliq succombe à ses blessures après une violente agression dans le cadre d’un affrontement entre militants culturels amazighs et groupes opposés à leur présence². La nature même de cette violence – préméditée, collective et ciblée – évoque un assassinat politique.

Certains rapports pointent l’implication de groupes liés au Polisario, tolérés voire protégés dans certains campus³. Plus grave encore : la déclaration officielle d’un responsable niant qu’Izm fût inscrit à l’université où il a été assassiné⁴. Cette négation constitue une seconde mort symbolique, visant à effacer sa légitimité et la mémoire de son combat.

3. Enjeux idéologiques et lecture politique de l’affaire

L’affaire Izm s’inscrit dans le conflit structurel opposant l’État-nation centralisateur à la revendication amazighe en tant que force identitaire autonome. Son assassinat, loin d’être accidentel, est un symptôme du refus de l'État d’intégrer pleinement les acteurs du champ culturel amazigh comme partenaires égaux dans le jeu démocratique.

D’un point de vue idéologique, le militantisme amazigh met à nu les failles du récit national homogénéisé. Izm, par son engagement, déstabilisait un certain ordre symbolique dominant.

4. L’État et la société civile : une double faillite.

a. La responsabilité de l’État

L’État marocain, malgré l’officialisation de la langue amazighe en 2011 (article 5 de la Constitution), demeure défaillant quant à la protection effective des militants de cette mouvance. Aucun procès politique n’a été ouvert pour élucider les réseaux ou responsabilités indirectes. Ce silence judiciaire est vécu comme un déni de justice.

b. La société civile : entre impuissance et récupération

Le tissu associatif amazigh a certes réagi, mais son manque de poids politique l’a empêché de faire de l’affaire Izm un levier de pression à l’échelle nationale. Par ailleurs, peu d’organisations généralistes des droits humains se sont saisies du dossier de manière prolongée. Ce silence reflète les inégalités de traitement entre les causes dites “centrales” et celles considérées comme “périphériques”.

5. Une mémoire vive, un symbole mobilisateur

La figure d’Izm est aujourd’hui devenue un totem symbolique pour la jeunesse militante amazighe, au même titre que Massinissa, Mohand Arav Bessaoud ou Lounès Matoub en Algérie. Chaque commémoration de sa mort est une réactivation de la douleur, mais aussi un appel à la résilience culturelle et à la souveraineté identitaire.

Conclusion

Le cas Omar Khaliq ne peut être réduit à un fait divers tragique. Il révèle la persistance de la violence politique à l’encontre des acteurs du champ amazigh, et l’ambivalence du rapport de l’État à la pluralité identitaire. Si l’affaire Izm demeure sans réponse, elle continuera à hanter la mémoire collective et à questionner la sincérité des réformes dites “inclusives” de l’État marocain.




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